Archives du mot-clé conservation

Aperçu de l’avancement du projet sur la collecte des graines financé par People’s PostCode Lottery (PPL) à Madagascar

par Vonona Randrianasolo et Fabien Rahaingoson

Depuis le lancement du projet sur la conservation ex-situ des graines forestières de Madagascar financé par PPL (People’s PostCode Lottery) en 2016, de nombreuses collections de graines ont été collectées avec l’implication des communautés locales. Conscients des valeurs de la biodiversité et de l’importance des ressources endémiques locales, 49 communautés ont déjà collaboré avec Kew Madagascar Conservation Centre (KMCC), soit la moitié des nombres des communautés cibles.

Formation communautaire sur la collecte de graines à Bongolava

Lire la suite Aperçu de l’avancement du projet sur la collecte des graines financé par People’s PostCode Lottery (PPL) à Madagascar

Découverte d’une nouvelle population de Tahina spectabilis – le palmier suicidaire

par Solofo Eric Rakotoarisoa, David Rabehevitra, Théophile Rajaonilaza et Hélène Ralimanana

L’une des espèces de plantes les plus charismatiques connues de Madagascar est le « palmier suicidaire », Tahina spectabilis (Tahina), décrit comme un nouveau genre en 2008 par John Dransfield de Kew et Mijoro Rakotoarinivo de Kew Madagascar Conservation Centre (KMCC) qui travaille actuellement à l’Université d’Antananarivo. Il a été découvert dans un petit site au nord-ouest de Madagascar par le directeur de la plantation de VERAMA Xavier Metz, et était connu seulement de 30 pieds adultes. La découverte était devenue une actualité mondiale, car ce magnifique palmier ne fleurit et ne donne des graines qu’une fois, puis meurt.

 

Tahina old site-1

Tahina spectabilis du site original, en tsingy.

Nous avons passé plus de six ans à chercher, et maintenant nous sommes heureux d’annoncer la découverte par KMCC en 2014 d’une deuxième population de Tahina spectabilis à plus de 100 km de la première. Bien que plus petite, cette nouvelle population apporte un réel espoir pour la conservation de l’espèce (et du genre). L’histoire de sa découverte sera racontée à travers ce document  et comment un technicien forestier local, Théophile Rajaonilaza, a parcouru plus de 80 km pour prendre des photos sur son téléphone portable d’un individu potentiel de Tahina en se basant seulement d’une simple description de Tahina et de ses propres investigations auprès des populations locales.

Tahina était dans un état très précaire, il était connu d’un seul petit site et un cyclone ou un mauvais incendie aurait pu provoquer son extinction. Pour cette raison, les botanistes du KMCC ont cherché désespérément une deuxième population et ont demandé à tous les travailleurs dans la conservation de la région de leur informer s’ils ont rencontré des palmiers inhabituels et spectaculaires.

tahina_adult44_1024

Tahina spectabilis sur le nouveau site, en forêt.

En août 2014, un agent de Madagascar National Park (MNP) basé à Sahamalaza avait informé l’équipe de KMCC l’existence d’un palmier susceptible d’être Tahina (Tahina spectabilis). Comme il n’a pas de connaissance particulière sur le palmier, il ne peut confirmer que c’est bien Tahina, et il a contacté alors KMCC qui est la seule institution qui travaille sur le palmier à Madagascar. Sans plus tarder en novembre 2014, notre équipe de récolte de graines, le Millennium Seed Bank Partnership (MSBP) composé par l’équipe de KMCC dirigé par Solofo Rakotoarisoa avec l’équipe de récolte de SNGF décidait d’entreprendre une descente dans le site pour voir si c’est vraiment un nouveau site de Tahina ou non.

L’équipe avait pris contact avec l’agent de MNP de Sahamalaza à Antsohihy où se trouve le bureau de MNP. Après avoir rencontré le directeur de MNP et l’agent en question qui avait trouvé la plante, l’équipe avait quitté tôt le matin Antsohihy pour aller à Sahamalaza guidé par l’agent de MNP. Sahamalaza se trouve au nord-ouest d’Antsohihy, environ 110 km en suivant la route nationale 6 jusqu’à Andranosamonta, puis de là il faut prendre une route secondaire vers l’ouest qui est l’ancienne route nationale menant à Analalava. Le trajet avait pris toute la matinée à cause du mauvais état de la route. Le guide de MNP avait mentionné tout au long du trajet qu’il avait trouvé deux pieds qui se trouvent non loin du camp de base de l’Association Européenne pour l’Etudes et Conservation des Lémuriens (AEECL) à Sahamalaza là où l’équipe décidait de se camper. Une fois arrivée à Sahamalaza, l’équipe avait tout de suite visité le premier pied qui se trouve au nord ouest du campement amené par un agent de AEECL basé sur le site Théophile Rajaonilaza. Le trajet avait pris 10 minutes de Land Rover puis une quinzaine de minutes de marche. La forêt de Sahamalaza est en faite composée d’une forêt sèche et une formation humide dense et haute. La forêt abrite une espèce de lémurien Eulemur flavifrons qui est classé dans la liste rouge des espèces menacées comme en danger critique d’extinction. Comme c’est un site protégé, la forêt est quasi-intacte. Après avoir marché à peine dix minutes, l’agent de AEECL avait pointé un palmier très imposant environ d’une dizaine de mètre devant nous. On a tout de suite remarqué l’inflorescence de la plante qui est axillaire et simple avec des fruits assez grands qui sont tout à fait différents de ceux de Tahina. Pour avoir plus de confirmation on est allé jusqu’au pied et c’était là qu’on a la confirmation que le palmier était Borassus madagascariensis non pas Tahina spectabilis en voyant l’inflorescence et le renflement du tronc.

 

Borassus madagascariensis.

En effet, l’inflorescence de Tahina est terminale ce qui le distingue de tous les autres palmiers similaires à feuilles en éventails tels que Borassus, Hyphaene et Bismarckia et qui le rend unique jusqu’à maintenant à Madagascar. L’equipe a décidé ensuite d’aller rechercher l’autre pied qui était supposé être près du camp et avait parcouru une grande partie de la forêt mais n’avait rien trouvé.   Comme il faisait tard et qu’il commençait à être difficile de trouver le chemin dans la forêt, on avait décidé de continuer le lendemain. Tôt le matin, après avoir pris notre petit déjeuner, on était retourné dans la forêt où était supposé se trouver le second pied. Malgré nos six heures d’investigations, la recherche était vaine. On n’avait pas pu trouver le pied. On avait quitté Sahamalaza mais on a laissé et donné des instructions et assez d’informations à Théophile Rajaonilaza au cas où il trouve un palmier inhabituel qui peut ressembler à Tahina.

Un mois à peine de notre départ de Sahamalaza, Théophile Rajaonilaza nous a contacté que quelqu’un de son village lui avait informé qu’il trouve un palmier ressemblant à notre Tahina. Le lieu en question se trouve environ 40 km à l’est de Sahamalaza. On a dit à Théophile d’aller sur le lieu pour prendre des photos et d’échantillon de feuilles pour en être sûr, et il a marché des kilomètres pour recueillir les preuves. Une semaine après, on avait reçu les informations et les matériels composés par des morceaux des feuilles, photos de la plante (montrant la plante et un gros plan sur les feuilles) venant de Théophile envoyé par taxi-brousse. Nous avons montré le matériel au spécialiste des palmiers de Madagascar, Mijoro Rakotoarinivo. Nous avons également consulté Xavier Metz qui a trouvé la population originale et qui était à la fois sûr de l’identification. La découverte a encore été confirmée par l’expert mondial John Dransfield lorsque Solofo Rakotoarisoa a visité Kew et a amené les photos prises par Théophile. C’était donc une découverte importante car si depuis Tahina était connu seulement par une seule population avec une seule localité, maintenant, on peut dire que d’autres populations se trouvent dans d’autres endroits différents avec un type d’habitat différent de celui du spécimen type.

En mai 2016 une équipe de KMCC dirigée par David Rabehevitra et accompagné par Rockiman Letsara du Parc Tsimbazazaza, Alison Shapcott de L’University of the Sunshine Coast en Australie, Roger Rajaonarison le chauffeur de KMCC, et Lauren Gardiner du RBG Kew en Angleterre était allée revisiter l’ancien et le nouveau site de Tahina. L’objectif était de compter les individus et de collecter des échantillons d’AND pour l’analyse de population de Tahina par professeur Shapcott. Ils ont seulement compté un adulte et 30 plantules environ. Nous espérons que cette nouvelle population de Tahina est génétiquement distincte de la première population qui a très peu de variation génétique.

tahina_theophile_solofo22_1024

Les découvreurs, Solofo (à gauche) et Theophile (à droite) qui a marché à pied 80 km pour prendre les premières photos pour prouver l’existence du nouveau site.

En octobre 2016, une autre expédition a été entreprise dans le nouveau site de Tahina pour élaborer un plan de sa conservation avec la communauté locale. L’équipe a été dirigée par Solofo Rakotoarisoa accompagné de Théophile Rajaonilaza, Fabien Rahaingoson, Roger Rajaonarison ainsi que Stuart Cable, le Chef de la recherche à Madagascar de Kew, et Jon Drori un réalisateur de film et ex-membre du comité d’administration de Kew. Théophile a établi un rapport immédiat avec la communauté locale et un accord a été instantanément établi et agrée pour la conservation de cette nouvelle population de Tahina. Le travail est en cours et Théophile travaille maintenant avec KMCC en tant que collecteur mobile des graines pour le MSBP et coordonnateur du projet Réserve forestière communautaire de Tahina. Les communautés accompagnées par Théophile nous ont récemment informé d’avoir découvert des individus adultes supplémentaires de Tahina pas loin de notre nouveau site.

Tahina forest-1

Solofo a visité la nouvelle population en 2016 pour élaborer des plans de conservation avec la communauté locale.

KMCC a fait de nombreuses découvertes de nouvelles espèces, mais les découvertes de nouvelles populations d’espèces très menacées et extraordinairement rares sont toutes aussi excitantes. Parfois Il est difficile de prouver l’extinction d’une espèce, mais on pense que la perte de la couverture forestière entraîne une vague d’extinctions des espèces de plantes à Madagascar. Il existe à Madagascar plus de 200 espèces de palmiers décrites dont 50% sont connues seulement à partir d’un seul site ou moins de 100 individus et douze espèces n’ont pas été vues depuis plus de 50 ans (Liste Rouge UICN).

Exploration de Dioscorea bako à Beanka

par Mamy Tiana Rajaonah,  David Rabehevitra , Franck Rakotonasolo , Guy Eric Onjalalaina , Romer Rabarijaona , Landy Rajaovelona , Jacqueline Razanatsoa, Roger Rajaonarison , et Ranaivomanana Andrianantenaina Tatamo

Madagascar possède une quarantaine d’espèces d’ignames, appartenant au genre Dioscorea dont la grande majorité est comestible et utilisée comme substitut alimentaire par la population malgache pendant la période de soudure. De ce fait, face au problème de la disponibilité de nourriture combiné avec la croissance démographique à Madagascar, l’exploitation des produits alimentaires forestiers comme celle des tubercules d’ignames s’intensifie de jour en jour et mettant une pression sur leur existence à l’état naturel. En effet, au moins une douzaine d’espèces d’ignames a un statut menacé d’extinction suivant les critères de l’IUCN et Dioscorea bako en fait partie avec un statut de conservation en danger critique d’extinction (CR). Cette espèce est parmi les ignames les plus appréciées par la population malgache et son exploitation irrationnelle a rendu cette plante très rare.

Pieds mâle et femelle de Dioscorea bako

Lire la suite Exploration de Dioscorea bako à Beanka

Avancement du projet sur la conservation des ignames sauvages

par Mamy Tiana Rajaonah, Tianjanahary Randriamboavonjy, Fenonirina Rakotoarison, Geodain Huckel  Meva  et Hélène Ralimanana

En une année de mise en œuvre du projet sur la conservation des ignames sauvages, financé par Darwin Initiative, KMCC intervient principalement dans deux zones, le nord de Madagascar et le Corridor Fandriana-Vondrozo (COFAV). Pendant cette première année ce projet a déjà ciblé 37 sites avec 37 communautés de base (COBA) parmi les 60 prévues. Un plot de démonstration montrant la technique de culture des ignames cultivées et sauvages a été installé dans chacun des sites d’intervention du projet. A part ces plots les ménages bénéficiaires pratiquent également chez elles cette culture des espèces d’ignames sauvages et cultivées.

Plot de démonstration de la culture des ignames à Ambohimpihaonana Miarinarivo
Plot de démonstration de la culture des ignames à Ambohimpihaonana Miarinarivo

Lire la suite Avancement du projet sur la conservation des ignames sauvages

Le KMCC vers la préparation du checklist des plantes de l’aire protégée du massif d’Itremo

par Linah Rabarivola, Tiana Randriamboavonjy,  Franck Rakotonasolo et Hélène Ralimanana

Un checklist est un document de référence pour les chercheurs scientifiques leur permettant d’avoir une idée sur les espèces cibles sur lesquelles ils travaillent dans un site bien précis. A Madagascar, la production d’un checklist n’est pas encore très courante bien que plusieurs informations sont déjà disponibles après les nombreuses études scientifiques effectuées sur la faune et flore de la Grande Ile. Jusqu’ici Royal Botanic Gardens Kew (RBG Kew) a publié plusieurs checklists sur les plantes du monde, entre autres le World Checklist de différents groupes de plante y inclues les espèces de Madagascar, le checklist des ignames et ses alliés (R. Govaerts et al, 2007), et le checklist des Palmiers en 2005 en collaboration avec Dr J. Dransfield.

Forêt galerie à Itremo
Forêt galerie à Itremo

Lire la suite Le KMCC vers la préparation du checklist des plantes de l’aire protégée du massif d’Itremo