Valorisation des insectes comestibles dans l’Aire Protégée du Massif d’Itremo

Par Fetra Randriatsara et Sedera Ramaromanana

Les enquêtes socio-économiques menées par Kew Madagascar Conservation Centre aux alentours de la NAP du Massif d’Itremo ont permis de connaitre deux insectes comestibles. Ce sont Bunaea aslauga « Kirby » ou « Kijajy » et Borocera cajani Boisduval ou « Landibe » appartenant respectivement aux familles des Saturniidae et Lasiocampidae. Ces deux espèces constituent une source alternative de protéine pour les villageois, vu que ces derniers consomment occasionnellement d’autres types de viandes.

Photo 1. Larves des deux vers à soie comestible dans la NAP Massif d’Itremo

L’espèce B. aslauga est consommée à la fois en stade larvaire et en stade de chrysalides. Seulement, à ce deuxième stade, elles sont collectées sous terre, altérant ainsi les sous-bois des forêts Tapia. Quant à B. cajani, seule les chrysalides sont consommées. Elle est beaucoup plus appréciée que tout autre insecte existant dans la région.

Ces deux insectes se nourrissent des feuilles de Tapia (Uapaca bojeri), une plante endémique de Madagascar. Cependant à cause des menaces et pressions, notamment la pratique fréquente des feux de brousse et la méthode de collecte de cocons rudimentaire, la production de vers à soie devient de plus en plus faible dans la nature.

Face à cette situation, KMCC a collaboré avec les communautés locales afin de trouver des solutions pour la pérennisation de la production des vers à soie. Des élevages en cage et au centre de grainage ont été installés dans chaque village pour avoir une production massive d’œufs. Une cage et un centre de grenage par communauté ont été installés.

Photo 2. Elevage de vers à soie en cage

Une fois éclos en cage ou dans des boites en plastiques, les chenilles sont relâchées dans les forêts de Tapia. Le moment de relâcher les chenilles coïncide avec le développement et le cycle biologique de l’espèce dans la nature.

Depuis l’application de cette technique, la quantité des cocons dans la nature s’avère être en hausse. Les populations n’ont plus besoins de se déplacer trop loin pour les collecter. Les chrysalides venant des cocons sont consommées localement ou vendus au marché. Tandis que les cocons vides sont stockés par chaque foyer et achetés par des collecteurs pour être transformés en fil et puis en ‘’Lamba landy’’ afin d’être vendu en ville.

Photo 3. Système d’élevage de vers à soie au centre de grainage

Des sensibilisations par des affichages, posters et émission de vidéo ont été réalisées pour montrer la collection légale et durable des cocons dans l’aire protégée. Puis une restauration de 4.5 Ha de forêts de Tapia dégradées a été effectuée. Ensuite, des pares-feux de 12 km ont été installés autour des sites de restauration afin d’assurer la régénération des plantules et de protéger l’incendie des vers à soie.

Enfin, une présentation a été faite lors de l’atelier intitulée ‘insects for food and feed’’ au ‘California Academy of Science’ du 06 au 08 Avril 2017 dernier pour information et pour la recherche des partenariats sur la valorisation de ces insectes dans la NAP du Massif d’Itremo.

Photo 4. Présentation sur la consommation des vers à soie à Itremo au California Academy of Science CAS

Aperçu de l’avancement du projet sur la collecte des graines financé par People’s PostCode Lottery (PPL) à Madagascar

par Vonona Randrianasolo et Fabien Rahaingoson

Depuis le lancement du projet sur la conservation ex-situ des graines forestières de Madagascar financé par PPL (People’s PostCode Lottery) en 2016, de nombreuses collections de graines ont été collectées avec l’implication des communautés locales. Conscients des valeurs de la biodiversité et de l’importance des ressources endémiques locales, 49 communautés ont déjà collaboré avec Kew Madagascar Conservation Centre (KMCC), soit la moitié des nombres des communautés cibles.

Formation communautaire sur la collecte de graines à Bongolava

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Découverte d’une nouvelle population de Tahina spectabilis – le palmier suicidaire

par Solofo Eric Rakotoarisoa, David Rabehevitra, Théophile Rajaonilaza et Hélène Ralimanana

L’une des espèces de plantes les plus charismatiques connues de Madagascar est le « palmier suicidaire », Tahina spectabilis (Tahina), décrit comme un nouveau genre en 2008 par John Dransfield de Kew et Mijoro Rakotoarinivo de Kew Madagascar Conservation Centre (KMCC) qui travaille actuellement à l’Université d’Antananarivo. Il a été découvert dans un petit site au nord-ouest de Madagascar par le directeur de la plantation de VERAMA Xavier Metz, et était connu seulement de 30 pieds adultes. La découverte était devenue une actualité mondiale, car ce magnifique palmier ne fleurit et ne donne des graines qu’une fois, puis meurt.

 

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Tahina spectabilis du site original, en tsingy.

Nous avons passé plus de six ans à chercher, et maintenant nous sommes heureux d’annoncer la découverte par KMCC en 2014 d’une deuxième population de Tahina spectabilis à plus de 100 km de la première. Bien que plus petite, cette nouvelle population apporte un réel espoir pour la conservation de l’espèce (et du genre). L’histoire de sa découverte sera racontée à travers ce document  et comment un technicien forestier local, Théophile Rajaonilaza, a parcouru plus de 80 km pour prendre des photos sur son téléphone portable d’un individu potentiel de Tahina en se basant seulement d’une simple description de Tahina et de ses propres investigations auprès des populations locales.

Tahina était dans un état très précaire, il était connu d’un seul petit site et un cyclone ou un mauvais incendie aurait pu provoquer son extinction. Pour cette raison, les botanistes du KMCC ont cherché désespérément une deuxième population et ont demandé à tous les travailleurs dans la conservation de la région de leur informer s’ils ont rencontré des palmiers inhabituels et spectaculaires.

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Tahina spectabilis sur le nouveau site, en forêt.

En août 2014, un agent de Madagascar National Park (MNP) basé à Sahamalaza avait informé l’équipe de KMCC l’existence d’un palmier susceptible d’être Tahina (Tahina spectabilis). Comme il n’a pas de connaissance particulière sur le palmier, il ne peut confirmer que c’est bien Tahina, et il a contacté alors KMCC qui est la seule institution qui travaille sur le palmier à Madagascar. Sans plus tarder en novembre 2014, notre équipe de récolte de graines, le Millennium Seed Bank Partnership (MSBP) composé par l’équipe de KMCC dirigé par Solofo Rakotoarisoa avec l’équipe de récolte de SNGF décidait d’entreprendre une descente dans le site pour voir si c’est vraiment un nouveau site de Tahina ou non.

L’équipe avait pris contact avec l’agent de MNP de Sahamalaza à Antsohihy où se trouve le bureau de MNP. Après avoir rencontré le directeur de MNP et l’agent en question qui avait trouvé la plante, l’équipe avait quitté tôt le matin Antsohihy pour aller à Sahamalaza guidé par l’agent de MNP. Sahamalaza se trouve au nord-ouest d’Antsohihy, environ 110 km en suivant la route nationale 6 jusqu’à Andranosamonta, puis de là il faut prendre une route secondaire vers l’ouest qui est l’ancienne route nationale menant à Analalava. Le trajet avait pris toute la matinée à cause du mauvais état de la route. Le guide de MNP avait mentionné tout au long du trajet qu’il avait trouvé deux pieds qui se trouvent non loin du camp de base de l’Association Européenne pour l’Etudes et Conservation des Lémuriens (AEECL) à Sahamalaza là où l’équipe décidait de se camper. Une fois arrivée à Sahamalaza, l’équipe avait tout de suite visité le premier pied qui se trouve au nord ouest du campement amené par un agent de AEECL basé sur le site Théophile Rajaonilaza. Le trajet avait pris 10 minutes de Land Rover puis une quinzaine de minutes de marche. La forêt de Sahamalaza est en faite composée d’une forêt sèche et une formation humide dense et haute. La forêt abrite une espèce de lémurien Eulemur flavifrons qui est classé dans la liste rouge des espèces menacées comme en danger critique d’extinction. Comme c’est un site protégé, la forêt est quasi-intacte. Après avoir marché à peine dix minutes, l’agent de AEECL avait pointé un palmier très imposant environ d’une dizaine de mètre devant nous. On a tout de suite remarqué l’inflorescence de la plante qui est axillaire et simple avec des fruits assez grands qui sont tout à fait différents de ceux de Tahina. Pour avoir plus de confirmation on est allé jusqu’au pied et c’était là qu’on a la confirmation que le palmier était Borassus madagascariensis non pas Tahina spectabilis en voyant l’inflorescence et le renflement du tronc.

 

Borassus madagascariensis.

En effet, l’inflorescence de Tahina est terminale ce qui le distingue de tous les autres palmiers similaires à feuilles en éventails tels que Borassus, Hyphaene et Bismarckia et qui le rend unique jusqu’à maintenant à Madagascar. L’equipe a décidé ensuite d’aller rechercher l’autre pied qui était supposé être près du camp et avait parcouru une grande partie de la forêt mais n’avait rien trouvé.   Comme il faisait tard et qu’il commençait à être difficile de trouver le chemin dans la forêt, on avait décidé de continuer le lendemain. Tôt le matin, après avoir pris notre petit déjeuner, on était retourné dans la forêt où était supposé se trouver le second pied. Malgré nos six heures d’investigations, la recherche était vaine. On n’avait pas pu trouver le pied. On avait quitté Sahamalaza mais on a laissé et donné des instructions et assez d’informations à Théophile Rajaonilaza au cas où il trouve un palmier inhabituel qui peut ressembler à Tahina.

Un mois à peine de notre départ de Sahamalaza, Théophile Rajaonilaza nous a contacté que quelqu’un de son village lui avait informé qu’il trouve un palmier ressemblant à notre Tahina. Le lieu en question se trouve environ 40 km à l’est de Sahamalaza. On a dit à Théophile d’aller sur le lieu pour prendre des photos et d’échantillon de feuilles pour en être sûr, et il a marché des kilomètres pour recueillir les preuves. Une semaine après, on avait reçu les informations et les matériels composés par des morceaux des feuilles, photos de la plante (montrant la plante et un gros plan sur les feuilles) venant de Théophile envoyé par taxi-brousse. Nous avons montré le matériel au spécialiste des palmiers de Madagascar, Mijoro Rakotoarinivo. Nous avons également consulté Xavier Metz qui a trouvé la population originale et qui était à la fois sûr de l’identification. La découverte a encore été confirmée par l’expert mondial John Dransfield lorsque Solofo Rakotoarisoa a visité Kew et a amené les photos prises par Théophile. C’était donc une découverte importante car si depuis Tahina était connu seulement par une seule population avec une seule localité, maintenant, on peut dire que d’autres populations se trouvent dans d’autres endroits différents avec un type d’habitat différent de celui du spécimen type.

En mai 2016 une équipe de KMCC dirigée par David Rabehevitra et accompagné par Rockiman Letsara du Parc Tsimbazazaza, Alison Shapcott de L’University of the Sunshine Coast en Australie, Roger Rajaonarison le chauffeur de KMCC, et Lauren Gardiner du RBG Kew en Angleterre était allée revisiter l’ancien et le nouveau site de Tahina. L’objectif était de compter les individus et de collecter des échantillons d’AND pour l’analyse de population de Tahina par professeur Shapcott. Ils ont seulement compté un adulte et 30 plantules environ. Nous espérons que cette nouvelle population de Tahina est génétiquement distincte de la première population qui a très peu de variation génétique.

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Les découvreurs, Solofo (à gauche) et Theophile (à droite) qui a marché à pied 80 km pour prendre les premières photos pour prouver l’existence du nouveau site.

En octobre 2016, une autre expédition a été entreprise dans le nouveau site de Tahina pour élaborer un plan de sa conservation avec la communauté locale. L’équipe a été dirigée par Solofo Rakotoarisoa accompagné de Théophile Rajaonilaza, Fabien Rahaingoson, Roger Rajaonarison ainsi que Stuart Cable, le Chef de la recherche à Madagascar de Kew, et Jon Drori un réalisateur de film et ex-membre du comité d’administration de Kew. Théophile a établi un rapport immédiat avec la communauté locale et un accord a été instantanément établi et agrée pour la conservation de cette nouvelle population de Tahina. Le travail est en cours et Théophile travaille maintenant avec KMCC en tant que collecteur mobile des graines pour le MSBP et coordonnateur du projet Réserve forestière communautaire de Tahina. Les communautés accompagnées par Théophile nous ont récemment informé d’avoir découvert des individus adultes supplémentaires de Tahina pas loin de notre nouveau site.

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Solofo a visité la nouvelle population en 2016 pour élaborer des plans de conservation avec la communauté locale.

KMCC a fait de nombreuses découvertes de nouvelles espèces, mais les découvertes de nouvelles populations d’espèces très menacées et extraordinairement rares sont toutes aussi excitantes. Parfois Il est difficile de prouver l’extinction d’une espèce, mais on pense que la perte de la couverture forestière entraîne une vague d’extinctions des espèces de plantes à Madagascar. Il existe à Madagascar plus de 200 espèces de palmiers décrites dont 50% sont connues seulement à partir d’un seul site ou moins de 100 individus et douze espèces n’ont pas été vues depuis plus de 50 ans (Liste Rouge UICN).

Renforcement des suivis et des contrôles de l’aire protégée du Massif d’Itremo

par Fetra Randriatsara et Sedera Ramaromanana

La création définitive de l’Aire Protégée (AP) du Massif d’Itremo a été entérinée par le décret n°713-2015 du 21 avril 2015. L’obtention du statut définitif engendre une mise en vigueur des contrôles et suivis des exploitations illicites à l’intérieur et aux alentours de la zone protégée. Vers le début du mois de décembre, l’AP du Massif d’Itremo n’a actuellement pas pu échapper au vague d’exploitation minière qui secoue les AP à Madagascar. Une information a été reçu auprès du technicien et les comités de gestion de l’AP du Massif d’Itremo concernant la présence de groupes de personnes exploitant de la tourmaline à Andohanimasoandro, dans la partie Est, et une autre exploitation illicite de cristal située à Tsihailoha dans la partie Ouest. A cet effet, des descentes successives sur le terrain ont été réalisées par l’équipe du Kew Madagascar Conservation Centre (KMCC) afin de localiser ces sites d’exploitation illicite et de prendre des mesures de protection.

Site d’exploitation de tourmaline d’Andohanimasoandro

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Exploration de Dioscorea bako à Beanka

par Mamy Tiana Rajaonah,  David Rabehevitra , Franck Rakotonasolo , Guy Eric Onjalalaina , Romer Rabarijaona , Landy Rajaovelona , Jacqueline Razanatsoa, Roger Rajaonarison , et Ranaivomanana Andrianantenaina Tatamo

Madagascar possède une quarantaine d’espèces d’ignames, appartenant au genre Dioscorea dont la grande majorité est comestible et utilisée comme substitut alimentaire par la population malgache pendant la période de soudure. De ce fait, face au problème de la disponibilité de nourriture combiné avec la croissance démographique à Madagascar, l’exploitation des produits alimentaires forestiers comme celle des tubercules d’ignames s’intensifie de jour en jour et mettant une pression sur leur existence à l’état naturel. En effet, au moins une douzaine d’espèces d’ignames a un statut menacé d’extinction suivant les critères de l’IUCN et Dioscorea bako en fait partie avec un statut de conservation en danger critique d’extinction (CR). Cette espèce est parmi les ignames les plus appréciées par la population malgache et son exploitation irrationnelle a rendu cette plante très rare.

Pieds mâle et femelle de Dioscorea bako

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